Coup de chaleur d’exercice (CCE)

Coup de chaleur d’exercice : reconnaître une urgence où chaque minute compte

Chaque été, des coureurs terminent aux urgences… et certains décèdent. Pourtant, dans la majorité des cas, le facteur qui détermine le pronostic n’est pas l’hôpital. Ce sont les premières minutes sur le terrain.

Peut-on courir par temps chaud ?

Oui.

Contrairement à une idée reçue, la chaleur n’est pas une contre-indication à la course à pied.

Des milliers de coureurs s’entraînent quotidiennement sous des températures élevées, parfois bien supérieures à 30 °C, sans développer de coup de chaleur.

Le problème n’est donc pas uniquement la température extérieure.

Le risque dépend d’un équilibre entre :

  • la chaleur ambiante,

  • l’humidité,

  • l’intensité de l’effort,

  • la durée de l’exercice,

  • le niveau d’acclimatation,

  • l’état de santé du sportif,

  • son hydratation,

  • certains médicaments.

Autrement dit, deux coureurs exposés aux mêmes conditions environnementales ne présentent pas forcément le même risque.  

Le corps produit énormément de chaleur

Lorsqu’on court, seulement 20 à 25 % de l’énergie est transformée en mouvement.

Tout le reste devient…de la chaleur.

À allure marathon, un coureur peut produire plusieurs centaines de watts de chaleur qu’il doit éliminer en permanence.

Normalement, l’organisme y parvient grâce :

  • à la transpiration,

  • à la vasodilatation cutanée,

  • à l’évaporation de la sueur.

Lorsque ces mécanismes sont dépassés, la température centrale augmente progressivement.

Tous les malaises liés à la chaleur ne sont pas des coups de chaleur

Il existe un continuum.

Les premiers symptômes sont souvent peu spécifiques :

  • fatigue inhabituelle,

  • faiblesse,

  • soif,

  • crampes,

  • céphalées,

  • nausées,

  • vertiges,

  • sensation de malaise.

À ce stade, le cerveau fonctionne encore normalement.

Le coureur reste lucide.

Il faut arrêter immédiatement l’effort, rechercher un endroit ombragé, débuter un refroidissement actif et surveiller l’évolution.

Si les symptômes persistent malgré ces mesures, un avis médical est nécessaire car une atteinte d’organe peut déjà être présente.  

Le signe qui change tout : le cerveau

Le véritable tournant survient lorsque le cerveau commence à ne plus fonctionner normalement.

C’est ce qui définit le coup de chaleur d’exercice.

Le sportif peut présenter :

  • une confusion,

  • des propos incohérents,

  • un comportement inhabituel,

  • une agitation,

  • une agressivité inexpliquée,

  • une marche titubante,

  • une somnolence,

  • des convulsions,

  • voire une perte de connaissance.

À partir de ce moment, il ne s’agit plus d’un simple malaise.

C’est une urgence vitale.

Pourquoi est-ce si grave ?

Une température centrale élevée n’endommage pas uniquement le cerveau.

Si l’hyperthermie persiste, elle peut entraîner une défaillance de plusieurs organes :

  • rhabdomyolyse,

  • insuffisance rénale aiguë,

  • atteinte hépatique,

  • troubles sévères de la coagulation (CIVD),

  • défaillance cardiovasculaire,

  • séquelles neurologiques.

La gravité dépend essentiellement de la durée pendant laquelle le corps reste en hyperthermie.

Chaque minute compte.  

Le traitement commence avant l’arrivée des secours

C’est probablement le message le plus important.

Le pronostic du coup de chaleur d’exercice dépend surtout de la rapidité du refroidissement.

Le traitement doit commencer immédiatement.

La méthode la plus efficace reste l’immersion en eau froide lorsque cela est possible.

À défaut :

  • retirer les vêtements superflus,

  • arroser abondamment,

  • appliquer de la glace au niveau du cou, des aisselles et des plis de l’aine,

  • ventiler activement.

Il ne faut jamais attendre l’arrivée des secours pour commencer le refroidissement.  

Faut-il prendre la température ?

Oui.

Chez un sportif présentant un trouble neurologique après un effort en ambiance chaude, la mesure de la température centrale est essentielle.

La température rectale constitue aujourd’hui la méthode de référence sur le terrain lorsqu’elle est disponible et réalisée par une équipe formée.

Une température centrale supérieure ou égale à 40 °C associée à une atteinte neurologique rend le diagnostic de coup de chaleur d’exercice très probable.

Mais l’absence de mesure, ou une température inférieure à 40 °C, ne doit jamais retarder le refroidissement si le tableau clinique est évocateur.  

Peut-on prévenir le coup de chaleur ?

Oui.

Et c’est probablement la meilleure nouvelle.

Le risque peut être fortement réduit grâce à quelques mesures simples.

L’acclimatation

C’est le levier le plus efficace.

Une exposition progressive à la chaleur pendant environ 10 à 14 jours améliore la sudation, augmente le volume plasmatique et réduit le coût physiologique de l’effort.

Être acclimaté diminue le risque.

Cela ne le supprime pas.  

Adapter son entraînement

Par forte chaleur :

  • réduire l’intensité,

  • raccourcir la durée,

  • éviter les heures les plus chaudes,

  • accepter de modifier la séance prévue.

Arriver bien hydraté

L’objectif n’est pas de boire excessivement.

Il est surtout d’éviter une déshydratation importante.

Les recommandations actuelles privilégient une stratégie consistant à boire selon la soif tout en limitant les pertes hydriques importantes (>2 % du poids corporel).  

Choisir un équipement adapté

Des vêtements légers, respirants et de couleur claire facilitent les échanges thermiques.

Savoir renoncer

Une infection récente, une fièvre, une fatigue inhabituelle ou certains traitements médicamenteux peuvent augmenter le risque.

Reporter une séance est parfois la meilleure décision d’entraînement.

Ce qu’il faut retenir

Le coup de chaleur d’exercice est rare.

Mais lorsqu’il survient, chaque minute compte.

Le meilleur traitement reste celui qui est commencé immédiatement sur le terrain.

Le message est finalement simple :

Reconnaître. Arrêter. Alerter. Refroidir.

Parce que, dans cette pathologie, le pronostic se joue souvent bien avant l’arrivée aux urgences.



Bibliographie

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  • Pratique sportive à haute température : quels sont les risques ? La Médecine du Sport. 2024.

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